Tout semble calme et paisible dans ce marécage de Louisiane à l'exubérance végétale. Ce petit village cajun, au bord du bayou semble endormi et rien ne semble le distinguer de ses voisins alentour. En tendant l'oreille, on peut même percevoir les flonflons des mélodéons poussant des airs de musique enracinée ou de country.
Malgré son apparente quiétude, ce village est pourtant l'endroit le plus malchanceux de toute la région. Le Diable, sous les traits de la Grande Mambo, une splendide mulâtresse, y a établi ses quartiers. Elle est investie de pouvoirs surnaturels, dont celui de réveiller les morts. C'est une jolie mais glaçante prêtresse cajun aux longs ongles nacrés et il se dit que, les nuits de pleine lune, elle se transforme en vampire ou en femme-serpent et boit de sang des morts qu'elle a ressuscités.
Un autre inquiétant personnage, un autre diable, erre ici sur les bords du bayou. Il est arrivé en ces tristes lieux dans les bagages d'un lointain ancêtre qui, comme tous les autres Acadiens, venait de cette vieille France. En fait, ce n'était pas vraiment la France, mais la Bretagne. Il a débarqué ici avec ses vieilles croyances où le religieux et le satanique sont étroitement entremêlés. L'Ankou, ce sinistre artisan de la mort l'a donc accompagné dans son exil et a trouvé ici un terrain propice à ses agissements.
Nul ne sait où il demeure... mais tout le monde le connaît et s'en méfie. Il est relativement discret et ne sort, lui aussi, que quand la lune est pleine. Il a plusieurs apparences, mais personne ne peut le certifier ; tous ceux qui l'ont vu ne sont en effet plus là pour en témoigner. Il apparaît sous forme de squelette vêtu d'un linceul ou sous l'aspect d'un vieil homme aux cheveux blancs et au teint blafard. On ne voit jamais ses yeux, ils sont cachés dans l'ombre que lui fait le large feutre qui lui sert de coiffure. Quand il sort, c'est toujours avec sa faux qu'il tient à la main. Il se tient debout dans sa vieille charrette aux roues cerclées de fer et tirée par deux vieux chevaux maigres et décharnés, tenant à peine sur leurs pattes. Deux tristes sires l'accompagnent dans ses tournées, l'un marche près du cheval de tête et le dirige par la bride, l'autre suit l'attelage et a pour mission d'ouvrir les barrières, les portes et de charger la charrette des corps de ceux qui ont été fauchés par l'Ankou.
Lorsqu'il part en tournée, sa charrette est pleine de pierres. C'est pour épouvanter en faisant encore plus de bruit. Quand il arrive devant la maison de l'agonisant qu'il vient faucher, il décharge sa charrette pour recevoir son nouveau fardeau. C'est ce bruit de cailloux que l'on entend si fréquemment pendant les veillées mortuaires au moment du dernier soupir.
Au grand désespoir des humains de cette contrée, l'Ankou et la Grande Mambo s'entendent comme larrons en foire. D'un commun accord ils collaborent, depuis des lustres dans leur triste besogne. L'un produit des morts et l'autre les ressuscite. Triste destinée, triste vérité ! La vérité, c'est qu'il n'y a pas de vérité... ces pauvres morts n'ont pas droit au repos éternel. Ils n'ont même pas besoin que la mambo les ressuscitent. Le sol est si spongieux que les sépultures et les caveaux trempent en permanence dans l'eau marécageuse. Drôle d'endroit pour un dernier sommeil !
Surtout, ne sortez pas et enfermez-vous à double tour ! Le bayou et ses environs sont particulièrement inhospitaliers les nuits de pleine lune.
D'un coup, je pense au vaudou, la magie noire, et le Cajun, il doit y avoir une musique pour aller avec !
RépondreSupprimerSuperbe texte, SklabeZ ! Bravo !
Voilà un bon moyen d'éloigner les touristes... et de nous envouter, ce que tu as superbement fait !
RépondreSupprimerSklabeZ et moi avons de drôles de façons d'exporter la Bretagne !
RépondreSupprimerMais il y a pire - ou mieux - encore ! http://www.m6bonus.fr/videos-series-2/videos-kaamelott-4/saison_3_episode_38/video-l_ankou-6892.html
Houla là ! On s'y croirait. Et c'est certain, je ne m'aventurerais pas la nuit dans le bayou je suis très trouillarde. Bravo.
RépondreSupprimer@ Joe : J'aime bien la série Kaamelott :-)
Je me demande pourquoi ils font des cartes postales. Mais l'atmosphère est là et bien là. Mais après il ne faudra pas demander pourquoi les usss refusent le roquefort, le foie gras et l'ankou.
RépondreSupprimer@ Joye, Hou !!! Trouver de la musique cajun avec accompagnement de bombarde, biniou coz et autre cornemuse... pas évident du tout, à moins de la composer. Qui s'y colle ? :o)
RépondreSupprimerMerci pour ton gentil commentaire.
@ vegas, en fait, les touristes venaient ici pour essayer de draguer la belle Mambo. L'Ankou veillait et a fait place nette. Les touristes ont fait Pschitttt et la Mambo les a sirotés !
@ Joe, la Bretagne est universelle et Kaamelott, ce n'est pas de la camelote. Je voulais te dire, Joe, j'aime bien ce que tu fais. Je suis admiratif.
@ Anne-Ma, Ne t'inquiète pas, l'Ankou c'est mon pote. Si tu vas là-bas, préviens-moi et je lui glisse un mot à l'oreille, il ne t'arrivera rien. En fait, je lui ai vendu mon âme, en viager, et en échange, il ne touche pas à mes copines.
@ caro, l'Ankou, ils l'ont ! Eh bien qu'ils le gardent ! Ils refusent le Roquefort et le foie gras, tant pis pour eux ! De toute façon, avec du coca ou du fanta, ce n'est pas terrible ! Non ! Joye, pas taper ! :o)
Merci à vous pour vos commentaires, ils me touchent.
Atmosphère délicieusement inquiétante ! On se laisse emporter , on s'y croirait presque et même sans connaitre ni le bayou ni la bretagne c'est dire ! BRAVO !
RépondreSupprimerLes bayous et la Bretagne ont peu de choses en commun.
RépondreSupprimerSauf peut-être, leur atmosphère fantomatique, influencée par des croyances mystiques ancestrales et l'Ankou, bien sûr, transporté là-bas pour les besoins de la cause.
Merci Chris