LA GUERRE DES TOURS par Santoline

Enfermé dans sa tour d'ivoire d'où il ne sortait que pour s'approvisionner, il passait sa vie à sa manière, derrière ses fenêtres closes et son ordinateur.
Nul besoin des autres pour faire basculer le monde, il y parvenait tout seul, le manipulant à sa guise de ses doigts experts.
Là  devant son écran, il puisait sa nourriture, y plantait ses jalons, y déposait ses espoirs, construisait sa vie, se faisant tour à tour enjôleur, poète, provocateur, tendre et enfantin, cynique, drôle, charmeur même parfois coléreux tel un ciel noir de 14 Juillet parcouru de reflets oranges mordorés, laissés par les fusées d'artifice.
Scrutant son écran, il se mettait à vibrer à la moindre trace de comète qui passait par là, l'observant, explorant ses facettes, entamant un dialogue, puisant dans ses ressources, se calquant à ses émotions pour enfin lui dévorer tout cru le cœur et l'âme.
Puis repu et las, il disparaissait sans plus laisser de traces, comme dans un trou noir.
 
Cette fois encore, elle en était sûre, il allait s'affairer jusqu'à ce qu'une étoile filante éblouie par son esprit malin vienne s'emberlificoter le cœur dans les touches de son clavier et là il lui jouerait le grand jeu.
Depuis sa tour de contrôle, elle voyait bien son manège, apercevant les raies de lumières laissées par ses appels inter-nétaires, elle entendait  parfois en retour le chant des sirènes, ou saisissait leurs ondulations.
Elle, la naïve sardine qui s'était laissée prendre sans même s'en rendre compte et s'était vue congédiée avant qu'il disparaisse dans ses gigaoctets... avait cependant réussi à retrouver ses signaux sur la toile et depuis déjà pas mal de temps, le surveillait, s'amusant à repérer le ballet désuet qu'il rejouait incessamment.
Combien de pseudos-sirènes allait-il débusquer, apprivoiser... puis jeter sans état d'âme, puisqu'au fait, il ne demandait rien à personne, les mains toujours blanches, pianotant sur son clavier vierge.

Un jour, elle le vit frétiller au détour d'un énième message, entonnant un cantique à l'unisson avec sa nouvelle sirène de bénitier, la faisant onduler en la caressant dans le sens des écailles, jusqu'à projeter avec la belle des vacances tout à la fois pieuses et gastronomiques (point n'est besoin de jeûner hors carême)... et plus si affinités.
Lorsqu'il parvint à quitter sa tour d'ivoire pour rejoindre sa mythique conquête, quelle ne fût pas sa surprise en découvrant la minuscule crevette caparaçonnée qui l'attendait à la gare, escortée de sa non moins caparaçonnée progéniture au grand complet : ils tiraient tous dans la même direction, le monde basculerait alors inévitablement devant la guitoune du marchand de glaces.
Elle s'affala dans son canapé saisie par un fou-rire jouissif incontrôlable.

8 commentaires:

  1. Bizarre les trois premières lignes en "gros " ???

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  2. Blogspot n'est pas toujours super compréhensif lorsqu'il s'agit de ses polices, surtout lorsque je copie-colle depuis Hotmail. Si tu as des préférences il vaut mieux me les indiquer en envoyant ton texte, ou encore, si tu peux, me l'envoyer en html.

    Est-ce mieux ainsi, ou faudra-t-il que je bidouille encore ?

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  3. Celle-ci me convient tout à fait merci beaucoup.
    (moi, je ne contrôle pas tout comme la dame de l'histoire, hélas! ;))

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  4. Même les prédateurs du net finissent par se faire prendre aux filets de la toile! Belle inspiration, Santoline :)

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  5. En lisant, j'entends le refrain d'une chanson de Québec qui me plaisait bien...

    J'ai si peur dans ma tour d'ivoire
    De ne jamais plus te revoir
    Demain si tu pars

    http://youtu.be/Qr-m2XiGrfY

    (oui, je sais, mais à l'époque...)

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  6. Belle idée cette "poursuite" sur le net et tel est pris qui croyait prendre. Bravo.

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  7. Les manipulateurs... très dangereux !
    Heureusement, il y a une morale.
    Belle histoire, Santoline !

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