La carte est arrivée ce matin, postée trois jours auparavant d’un petit village de Savoie. Adressée à ma seule attention: Laura M. J’ai cherché dans un Atlas défraîchi où nichait l’endroit qui osait vendre des cartes aussi démodées : Saint Nicolas de Véroce. Ainsi, il passait là sa semaine entre potes, ces saints jours rebaptisés les copains d’abord. Comme si ce n’était pas toujours les copains d’abord, juste après la bière, la drague, le fric. J’en oublie.
Sinon, à part la carte, rien, des factures, un relevé de la banque. Je retournais la vision d'un paradis d'altitude et de camaraderie pour déchiffrer son écriture serrée. Ce n’était pas la première fois qu’il partait sans prévenir, me laissant sur le buffet un bijou, une carte de soins hype, une place à l’opéra, bref n’importe quoi qui puisse détourner mon attention. Il rentrait ensuite, charmant, bronzé, et, passée la première journée de mauvaise humeur, tout retournait à l’ordre habituel des choses.
Là, j’avais reçu, en plus de la photo atroce, une escapade au Cap Vert de sept jours, en pension trois étoiles, preuve qu’il surveillait le blog de mon amie G.. La carte était accompagnée d'une dissertation condensant l'essentiel, évoquant son besoin de liberté, la beauté d’un amour sans contrainte et bla-bla-bla, pour conclure sur une de ces sentences héritées d’une éducation chez les jésuites et qu’il déclamait tel un mantra : faute avouée est à moitié pardonnée.
J’ai déchiré la carte, elle me donnait de l’urticaire, j’ai vendu mon exil en solitaire chez e-bay et j’ai pris RV chez Maître Goupil, expert en art du divorce et dépouillement ex-marital. Après lui avoir tendu une liasse bien fournie, il m'était resté juste de quoi me payer une virée au Barrio Latino et offrir un verre à un beau mâle qui traînait par là. J’ai joué à la cougar le temps de quelques salsas humides et, sur un dernier baiser, je suis rentrée. Sans regret aucun.
Re-bravo, Caro (je t'ai lue d'abord chez toi) pour ce texte plein de brio !
RépondreSupprimerUne semaine à saint Nicolas de Véroce, ça doit pouvoir se pardonner. Quant au reste...
RépondreSupprimerBien joué ! Bravo pour ce texte excellent.
RépondreSupprimerVive les Jésuites !
RépondreSupprimer;)
Je comprends mieux, coquine ! En tout cas, elle a bien su se remettre d'aplomb, Laura M ;.)
RépondreSupprimerOn se laisse prendre sans aucun regret :)) par ce texte vraiment superbe ! Quel talent !
RépondreSupprimerJe viens de te lire, Caro.
RépondreSupprimerSans regret aucun !
Bravo !