TU PARLES D'UNE COINCIDENCE ! par joye

 Champfleury, le 18 décembre 2012


Chère madame Pailleron,

J'ai l'honneur de vous écrire après la découverte bien tardive de votre personne. 

Je sais maintenant un peu sur vous, et beaucoup plus sur votre mari, ce qui a toujours été le cas des femmes, n'est-ce pas, surtout à votre époque.

J'ai trouvé votre portrait par John Singer Sargent, et en vous regardant, je comprends encore mieux votre citation.


Vous me semblez le genre de femme qu'on n'aimait pas trop facilement, ou au moins une qui ne se sentait pas toujours aimée. Vous avez vu les yeux des gens qui suivaient d'autres femmes, qui ignoraient vos talents invisibles pour s'amouracher des atouts physiques d'autres plus belles que toi. De cela, je suis certaine. Vous ne serez pas surprise de savoir que la plupart des gens sont encore ainsi maintenant.

Oui, je vous ai connue par hasard, je suis tombée sur votre citation par hasard, je la trouvais exacte, trop exacte, cruellement exacte. Et vous, une dame perspicace, réaliste comme ton portrait.

Cela dit, la plus grande surprise du tout, pour moi, était de me rendre compte que je connais depuis très longtemps vos enfants, Edouard et Marie-Loïse. 


Je connais bien leurs regards étonnants, de drôles de regards pour des enfants, je l'ai toujours constaté, et cela bien avant de connaître le regard de leur mère. 

Voyez-vous, si je les connais, c'est parce que leur portrait par Singer réside au Des Moines Art Center, dans l'Iowa, un endroit que je fréquente avec joie à chaque rare occasion qui se présente. J'irai un jour les saluer de votre part. Je doute qu'ils me reçoivent avec plus de chaleur que d'habitude, mais je ne m'attendrais pas au contraire.

Car je sais que, si la parole a toujours du retard sur le coeur, le coeur peut, lui aussi, rester sans mots.

Veuillez agréer, chère dame, l'expression de mes sentiments les plus distingués...et compâtissants.

                                                                                                     joye

8 commentaires:

  1. Grâce à toi, je découvre qui a donné le nom à une rue que je connais bien dans le quartier de la Croix-Rousse !! Merci !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Sans blague ? Quelle coïncidence ! Merci Lili !

      Supprimer
  2. A cette occasion moi aussi j'ai appris (sur Wikipédia) pour la rue de la Croix Rousse, je ne connaissais que la triste histoire du collège Pailleron.
    Regard bien sombre pour des enfants :(

    RépondreSupprimer
  3. L'Iowa recèle des trésors même si le regard de ces fillettes est glaçant... Jolie lettre, Joye

    RépondreSupprimer
  4. Jolie missive !
    C'est un bel hommage que tu lui fais. Et cette rencontre avec ses enfants, au musée a dû être un grand moment pour toi.

    Les musées recèlent de vrais trésors, pour peu qu'on sache les regarder et apprécier.
    Trop de visiteurs en font le tour au pas de charge et trop superficiellement, tout ça pour se glorifier ensuite d'avoir visité tel ou tel musée.
    J'adore les musées, tous les musées mais les fréquente trop peu. Seul, je n'apprécie pas. En compagnie d'un amoureux des arts, en prenant son temps et en échangeant nos ressentis, c'est un bonheur.

    RépondreSupprimer
  5. Il y a dans tous les musées du monde des tableaux du XIXe siècle où les personnages peints ont un tel air de tristesse qu'il nous appartient de leur redonner vie, d'imaginer pour eux une existence plus gaie que ce cercueil bourgeois, ce carcan pesant dans lesquels les convenances les ont enfermés dès leur plus jeune âge. ici à Rennes, j'ai libéré Isaure Chassériau, pour le meilleur et pour le pire. Tu sais maintenant quel est ton rôle, Joye : à toi d'adopter tes petits voisins et de leur faire vivre les joies de notre modernité, même si ce n'est que dans une fiction !

    RépondreSupprimer