La Bérézina par Épamine

Comme chaque année, dès que les belles demoiselles s'étaient enrobées de lumière dorée, qu'elles s'étaient parées de sucre et gorgées de jus, on était en campagne…

A l'inverse du promeneur qui a juste à tendre la main pour cueillir et croquer le beau fruit des vergers de Lorraine, le ramasseur de mirabelles s'éreintait du matin au soir pour grappiller une à une les jolies petites billes jaunes tombées sur les bâches. 


Dans les "grandes cultures" (c'est ainsi que ma vieille cousine appelait les fermes de taille imposante), où secoueur et système de ramassage furent petit à petit entièrement automatisés, on était bien loin de notre petit chantier de ramassage, de nos interminables campagnes de récolte familiale durant lesquelles on secouait les dizaines de mirabelliers, branche par branche, avec de longs et pesants crochets et où l'on déplaçait, d'arbre en arbre, les lourdes bâches qui fleuraient bon… la punaise écrasée… 


Sous les mirabelliers plantés par les aïeux, on la percevait la rotation du soleil, moi, je vous le dis… Au frais le matin (c'est que ça démarrait dès potron-minet le ramassage!), au fur et à mesure que le soleil montait et tournait, nous, nous nous épluchions comme des oignons, surtout si le verger était à l'adret du coteau… 


Sous les chauds rayons du soleil d'août, on finissait très souvent la journée en tee-shirt et en short, sauf les jours d'orage et de pluie diluvienne où l'on se protégeait avec de grands sacs poubelles… Si légèrement vêtus, les gamins que nous étions redoutaient d'être envoyés faire "la Bérézina"… C'est ainsi que mon grand-père appelait l'autre côté des clôtures, l'au-delà des fils barbelés, le parc du voisin, la zone non protégée dans laquelle, souvent, séjournaient, justement ce jour-là, quelques bovins plus ou moins chahuteurs… Pour nous taquiner, les grands nous y envoyaient et par-delà les fils de fer barbelés, il paraît qu'on ramassait très vite… Nous ne mettions pas non plus beaucoup de temps pour rejoindre le verger protégé mais dans notre précipitation, nos bras, nos cuisses et nos mollets étaient souvent égratignés par les piquants acérés des clôtures. Une fois de retour, on nous annonçait en rigolant que le Mimile avait changé ses taureaux de parc le matin et que nous ne craignions rien…


Aujourd'hui, quand j'entends le mot "mirabelle" ou "Bérézina" où que je vois des fils de fer barbelés, même si je songeais à oublier, je me souviendrais !

17 commentaires:

  1. Superbement raconté, Épamine, j'ai pu tout voir comme un de ces jolis films dont je me raffole.

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    1. Merci, Joye!
      Dommage que mon billet ne puisse t'apporter la saveur de ces fruits d'or...
      Sourire d'Ep'

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  2. J'en ai l'eau à la bouche... un clafoutis aux mirabelles...
    Décidément, les barbelés ont jalonné (aïe !) notre enfance !
    ;)

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    1. Clafoutis...tarte...confiture....ou nature...
      La mirabelle: une petite reine.

      On adorait, quand on était gamin, lorsqu'une mirabelle arrivait sur un des piquants des barbelés. Comme on n'avait pas à se baisser pour la ramasser, pour la remercier... on la mangeait!
      Sourire d'Ep'

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  3. Eh eh... les grands sont très taquins avec les plus jeunes qu'ils envoient... au casse-pipe, ah j'aime la mirabelle mais pas à ce point-là... affronter le taureau ! Merci... JB

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    1. Les taquineries durant la récolte des mirabelles étaient quotidiennes et on redoutait l'arrivée des cousins le dimanche car avec eux, c'était encore pire...;o)
      Merci JB
      Sourire d'Ep'

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  4. Donc, si vous me croyez, mignonne,
    Tandis que vôtre âge fleuronne
    En sa plus verte nouveauté,
    Cueillez, cueillez votre jeunesse
    En même temps que mirabelle
    Dont on fera des confitures.
    Venez plus près de moi, ma belle
    Avant d'autres déconfitures.

    Quel goujat, ce Ronsard, quand même ! Heureusement que j'ai réussi à lui faire supprimer ces quatre derniers vers !

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    1. Oh! Messire! Je ne sais que dire
      Et si Cassandre ne suis point
      Ni d'âge, ni de nom, ni de teint,
      Vos mots, cela va sans dire,
      Mes joues d'aïeule font rosir
      Et mirabelles mangerai bien.

      J'ai visité le château de Talcy où règle l'esprit de Ronsard. En lisant tes aimables et jolis mots, j'étais là-bas. Merci, Joe et bravo!


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  5. Mimile ce vilain coquin devait vous zieuter derrière ses barbelés. Mais il.n'aura pas le plaisir de lire ce captivant épisode bucolique et poétique à souhait.Jak

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    1. Comme tu le dis, ce Mimile était un vrai farceur et gamine, je redoutais de le croiser dans les rues du village car il était impressionnant. En grandissant, j'ai mieux compris quel genre de personne il était et je l'appréciais. Sa disparition m'a peinée.

      Bucolique et poétique: tu résumes à merveille mes vacances d'enfance, Jak!

      Sourire d'Ep'

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  6. C'est un joli récit que tu nous fait et j'imagine cette récolte aux mirabelles et, surtout, la trouille des taureaux (j'ai aussi peur des vaches, alors ;-)) - Bravo Epamine.

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    1. Merci Anne-Ma!
      Les grosses bestioles à cornes sont comme les humains: il y en a des adorables et des infernales... Le problème avec elles, c'est qu'on découvre leur caractère souvent un peu trop tard! ;o)
      Sourire d'Ep'

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    2. Euh... tu nous fais. Désolée

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    3. Pas de souci! Quand on a peur, il est fréquent que l'on fasse des coquilles... ;o)

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  7. Merci pour ce retour dans mon enfance, quand la cueillette manuelle se transformait en jeu. Avec de longues perches on lochait les fruits pour les faire tomber sur des bâches...

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    1. Oups! Pardon! Je n'avais pas vu ton gentil et nostalgique commentaire...
      Ceux qui connaissent le ramassage des mirabelles sont membres à vie d'un club très fermé: "Les longues perches"...
      Sourire d'Ep'

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