La chute par Pivoine

Un jour quelqu'une m'a dit " c'est pardonné, mais ce n'est pas oublié ".
En plus, ce n'était pas celui qui devait prononcer juste une parole, en retour à la mienne, qui m'a répondu cela... C'est N***
Etrange.  Mais pour moi, cela signait la fin d'une dette. 

Bien que. Si ce n'est pas oublié, ce n'est pas pardonné.

Et pour l'oubli, on peut juste choisir de ramener ou non à notre mémoire le bon ou le mauvais. Ou savoir qu'il y a eu du mauvais et ne retenir que le bon. Non, ne ramener à son esprit que le bon. Ni le précipice ni les barbelés ni le hurlement précédant la chute...

Mais le jour où l'on a traversé une rue, en été et où l'on a été heureux comme jamais à ce moment-là. Cela se juxtapose ou s'oppose ou les deux à leur " c'est pardonné, mais ce n'est pas oublié". Seulement, avec cette petite phrase qui annihilait mes efforts pour les oublier eux, j'ai réalisé que désormais, je ne pourrais ni LUI pardonner, mais bien vouloir l'oublier.

Et j'y suis assez bien parvenue. Plutôt bien. Le temps joue son rôle. Vingt ans bientôt. Dix-huit ans. Mais je ne puis oublier que je me suis déchirée à ces barbelés, comme d'autres, tant d'autres reviennent et reviennent s'y attacher et s'y détruire, pas avec lui non, mais l'une avec l'un ou l'un avec l'une. Tourne cela dans n'importe quel sens et cela revient au même.

En conséquence de quoi, il est vain d'attendre une seule parole : "pardonne-moi". Une seule parole que j'aimerais entendre et je serais, non pas guérie, mais heureuse. Ou apaisée.

C'est cela, je cherche l'apaisement, et y a-t-il seulement une parole qui pourra me l'apporter, qu'elle soit prononcée par E***, par A*** ou par B*** ?


8 commentaires:

  1. Je pense que tu dis vrai, qu'apprendre des trahisons (enfin, je lis la situation comme telle) sont comme tomber sur des fils barbelés.

    La liaison entre "pardon" et "oubli" m'emballe. Celui-ci rend celui-là quasi-impossible.

    J'aimerais aussi commenter le "pardonne-moi". C'est un ordre. "Je te prie de m'excuser" me semble moins peremptoire, et donc, je suis influencée aussi par la formulation d'une demande.

    Un texte qui ressemble à une simple narration, mais qui a un fond bien, bien profond.

    Bravo, pivoine ! Je sais que je n'ai pas fini de réfléchir au sens de tes mots.

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  2. C'est pardonné mais pas oublié... quand la chose a fait si mal je peux le comprendre... le temps n'y fait rien, très beau texte Pivoine.... JB

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  3. Ce que tu écris là donne matière à réflexion Pivoine.
    A mon sens, l'oubli est indépendant de notre volonté.
    On peut pardonner parce qu'on décide de passer à autre chose par nécessité de poursuivre sa vie autrement, s'investir dans d'autres liens ou intérêts mais les souvenirs et cicatrices demeurent.
    L'oubli ne se produit qu'à notre insu et c'est là le véritable oubli me semble-t-il.

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  4. C'est ça le problème de la rotation : les aiguilles avancent mais elles reviennent quand même à leur point de départ !

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  5. Je te prie de m'excuser mais j'ai oublié de quoi tu parlais... ;)

    En fait tu parles simplement des relations humaines qui ne sont, hélas, jamais simples mais si fortes le plus souvent.
    Texte philosophique!

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    1. J'aime bien le principe du texte philosophique... J'aime bien creuser les relations humaines, mais peut-être y a-t-il encore plus de complexité à rendre. Mais on ne pense pas à tout en écrivant... En lisant en écrivant o;) (Pivoine)

      merci à vous tous.

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  6. Joli texte. Difficile parfois de pardonner, difficile d'oublier, le temps nous ramène à nos souvenirs. Oui, l'apaisement, mais comment ?

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  7. Quand les demandes de pardon ne sont pas prononcées, il n'est pas facile de trouver l'apaisement. La boule de barbelés du ressentiment est toujours bien ancrée et même l'oubli n'en arrive pas à bout.

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