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Voyage sur le quai par Santoline



Le temps de l'aventure, sans lâcher ses amarres
Tempête de sentiments mêlés, guerre de l'ennui
Passerelle à la croisée des chemins vers un autre destin
Dans la brume, phare inébranlable à portée de naufrage
... Puis, prononcer un nom instinctivement
Ne plus ressentir au creux de soi la moindre émotion
Le dire comme on voit défiler un générique interminable
Sans que le regard s'y accroche, la pensée dans les limbes.
Esquisse d'un sourire amusé sur ce que fut ce voyage

Les espoirs d'Anna par Santoline

Quand elle sortit du hall d'exposition son regard troublé d'avoir trop observé l'éclat des pierres, elle accrocha le présentoir près de la porte avec son sac en toile et s'estima chanceuse de ne pas avoir renversé les calcédoines, lapis lazuli, fluorines, agathes, aigues marines et sodalites qui se mêlaient dans des camaïeus de bleu, aux quartz opales et rhodonites roses.
Plus jeune, elle collectionnait les petits cailloux de couleurs glanés sur la plage ou le long des chemins de montagne qu'elle s'empressait au sortir de ses poches de glisser dans des flacons remplis d'eau afin de raviver leur éclat. Elle jouait avec leurs couleurs les disposant sur l'étagère de sa chambre.



Ce n'est qu'en montant dans le tramway qu'elle aperçut au fond de son sac le quartz rose.
Tombé sans doute à son insu lorsqu'elle avait heurté la table avant de sortir, elle ne put s'empêcher d'y voir un signe du destin et s'empressa dès qu'elle fut assise de trouver une signification à sa maladresse dans les dépliants qu'elle avait amassés au cours de sa visite.
La lithothérapie y était détaillée et bien qu'elle émette de sérieux doutes quant aux vertus curatives des vibrations des minéraux, Anna voulut se persuader ce jour là que ce petit quartz ne l'avait pas rejointe par hasard.
"Pierre d’accomplissement, le quartz rose d’une grande douceur est à la fois le début du chemin, l’ouverture à la multitude et aux possibles...un complice fidèle face aux situations critiques...connu pour consumer les énergies négatives et les convertir en amour, il attire les énergies positives..."
Il allait enfin remettre de l'ordre dans ses rouages, il le fallait.
Elle l'enserra dans sa main, ferma les yeux et délégua à sa pierre ses secrètes espérances.
Quand le tram s'arrêta, elle ouvrit les yeux... et vit qu'elle n'avait plus de sac.

Étoiles des neiges par Santoline

Elle l'a attendu un matin, un soir, deux jours, trois jours et lorsqu'il est arrivé le quatrième, il neigeait.
Elle s'est alors senti défaillir comme l'amoureuse transie qu'elle avait toujours été.
Sur la retenue, elle s'efforça de ne pas montrer l'impatience et l'agacement qu'elle avait accumulés ces dernières heures et fit bonne figure à celui qu'elle considérait comme son prince et son sauveur. Il était venu lui redonner espoir lui réchauffer le coeur et les pieds, c'était là l'essentiel.
Après une entrée en matière interminable durant laquelle ils échangèrent un nombre incalculable de banalités, il prit son courage à deux mains pour sortir ses pénates de la fourgonnette blanche, les déposer dans l'entrée du garage puis posa enfin un regard sur elle.
Encore affublée du mètre de couturier qu'elle avait l'habitude de porter autour du cou comme un trophée à chaque fois qu'elle retouchait sa garde robe, elle tenta maladroitement de rectifier sa tenue, balayant d'un revers de main les fils accrochés à sa jupe puis bredouilla quelques mots d'excuses, confuse de ne pas offrir le meilleur d'elle même à celui qu'elle attendait impatiemment depuis des jours.
Il était grand, il était beau... elle le trouva cependant quelque peu enrobé depuis la dernière fois qu'il s'étaient vus, la mine hirsute grise et le regard éteint mais il ne lui fût pas difficile de nourrir des pensées admirables au retour de sa bonne étoile.
Elle le laissa s'installer, s'affairer et monta le coeur léger lui préparer une petite collation.
Le retour du bonheur était imminent.

Un grondement soudain suivi de vibrations aux relents de gasoil se ressentirent dans toute la maison qui au bout de quatre jours reprenait vie... enfin !!
Elle remercia comme il se doit son plombier après avoir réglé la facture autour d'un café brûlant et ils coulèrent des jours heureux chacun chez eux attendant la prochaine panne.

Le bluesman par Santoline

 
(image google)


Il jouait du trombone dans un quintet de Jazz
La coulisse se mêlant aux larmes de ses notes.
D'autres rythmaient son blues d'une planche à laver
La frottant de leurs dés pour revoir la Louisiane.
Lui, il portait son blues le jour comme un fardeau
Quand arrivait le soir, son pavillon pleurait
Et son spleen s'envolait comme pétales au vent.


Vichy jaune par Santoline

Comme chaque année à l'arrivée du printemps sa mère lui confectionnait une nouvelle tenue qui, selon la règle instituée par elle même et à laquelle quoiqu'il arrive on ne dérogeait pas, s'étrennait pour la messe des Rameaux.
Ce jour là, qu'il pleuve ou qu'il vente, c'était dit, on rangeait la tenue d'hiver pour celle de printemps.
Elle revêtit une jolie robe en vichy de nylon à gros carreaux jaunes et blancs, petites manches ballons et jupe froncée virevoltante. Le mistral sévissant depuis plusieurs jours, elle fut contrainte à regret de cacher le haut de sa robe par un gros gilet de laine blanche assorti aux chaussettes, chaussures et diadème posé sur ses ondulations-bigoudis-maison.
Un renouveau qui redorait chaque année son timide narcissisme.
Les obligations dominicales, le repas familial achevés, elle se hâtait de descendre au sous-sol récupérer le vélo maternel et l'enfourchait pour aller rejoindre Georgette dans les bureaux de l'EDF interdits aux enfants.
Debout sur les pédales, la selle appuyée contre son dos, le guidon à bout de bras, elle montait et descendait avec frénésie suivant la rotation du pédalier en longeant la voie du chemin de fer, le jupon de la robe virevoltant.
Elle s'imaginait déjà en secrétaire pianotant sur les claviers des machines à écrire jusqu'au tintement qui indiquait la fin de la ligne, décrochant les téléphones et griffonnant sur l'envers des listings.
Enthousiasmée elle accéléra la cadence,quand brusquement elle ressentit un brusque tiraillement côté droit du jupon instantanément suivi d'un sec déchirement. En découlèrent quelques embardées afin d'éviter à nouveau le barbelé qu'elle avait rencontré, sans conséquences aggravantes heureusement.
Adieu ! veau, vache, cochon, excitation, ivresse, insouciance ... aucun doute, la robe jaune avait un bel accroc et elle allait devoir rendre des comptes à la patronne en rentrant.
Elle poursuivit son chemin imaginant la manière avec laquelle elle allait pouvoir expliquer son malencontreux accident... elle accuserait un chat roux d'avoir traversé le chemin, se repentirait, pleurerait,... ça, elle savait bien faire ... puis décida d'oublier... après tout ce soir elle s'en souviendrait forcément !

Photo ici

Bordées gourmandes par Santoline

Assez de ritournelles
Tirades intellectuelles
Parades intemporelles
Prends donc ton escarcelle
Querir de la mortadelle
Chouilla de mozzarelle
Quelques douces airelles
Pour ta belle jouvencelle
 
Te crois-tu subrécargue
Coiffe blanche pygargue
Savante tu te targues
Ose que l'on me nargue
Je rêve de poutargue
Déteste que l'on me cargue
Qu'importe que tu argues
Jouvencelle je largue
 
Holà les moussaillons
Taisez vos oraisons
Vocales de charrons
Salves de hérissons
Tirez les hameçons
Emerge l'espadon
Je sors le reblochon
Coule le jurançon

IL S'APPELAIT DÉSIRÉ par Santoline

A l'issue croit-on, d'un hiver gris interminable, les blogs croûlent sous les plaintes, les espoirs déçus, les attentes, les lamentations, les dépressions, osant à peine laisser filtrer ça et là quelques signes avant coureurs de l'installation de ce Printemps ... si attendu.
Les unes et les uns dépoussiérés, colorés, avides, s'apprêtent sur la ligne de départ pour leur envolée des coeurs.
 
-- N'as tu pas constaté tous les ans à l'éclosion des premières fleurs tiédies par les rayons timides d'un soleil effacé, cette recrudescence d'envolées printanistiques exalto-poético-romantico-sangsue à l'eau-érotico-récurrentes ???
--... Ben oui quoi, .... la montée de la sève qu'on veut signaler à tout le monde en faisant mine de la dissimuler ???
-- En quelque sorte... sauf que cette année, la sève s'étant réveillée trop tôt sous la clémence des températures, s'est perdue dans un dédale d'allers et retours et qu'elle a peine à faire surgir ses bourgeons détrempés.
-- 'tain !... t'as pas le moral toi !!... attends un peu ... p'têt que ça va rev'nir???!!
-- La vie n'est qu'une perpétuelle apiration à un juste retour des choses, une force de l'illusion qui permet aux hommes de devenir des héros, comme l'a dit Pa....
-- Te, te, te .... j'en demande pas tant !!!........ j'ai jamais voulu être un héros moi, t'es pas fou ??!!... les journalistes, les interviews, les autographes... tout ça pour une montée de sève ... la nature en fait pas toute une histoire !... allez allez va !!... ça va bien finir par arriver...... en attendant j'vais ramasser un bouquet de jonquilles pour ma Lulu, j'crois qu'elle m'a mitoné un bon bourguignon...
 
Black heart (cards)Black heart (cards)Black heart (cards) Hauts les cœurs !!  Black heart (cards)Black heart (cards)Black heart (cards)

CHERCHEUR DE REVES par Santoline

Tous les soirs, il regardait le ciel
Et la lune charmeuse à travers les nuées
Il rêvait de ses yeux couleur miel
Et d'un baiser volé sur ses lèvres empourprées
Qu'importe, c'était pêché véniel 
Il n'en saurait jamais les nuances sucrées
 Abstinence d'un interdit virtuel

ATTENTION : SOLDES par Santoline

Elle n'aime pas faire les soldes.
Qui dit soldes dit bousculades, boxon dans les rayons, nervosité, agressivité, voire crêpage de chiffons, collections ringardes, tailles inappropriées.
Comment ça quelle taille ?...
En gros ou en grand si vous préférez, si au détour du rayon fruits et légumes, elle aperçoit un peu plus loin, le truc féminin, craquant, original, seyant, de surcroît en solde... bref !... un jean...
... quoi Boah.... ?? !!
... elle l'emporte sans prendre le temps d'essayer parce ça la gonfle et que c'est vraiment pas le moment au cours d'un essayage.
Pardon ?... c'est pas la mer à boire un essayage ??
Buvez donc !...( en sachant que boire dilate...)
 
1) -- Trouvez une cabine d'essayage libre pendant les soldes
2) -- Posez votre sac sur le tabouret plein d'échardes et accrochez votre manteau sur le porte manteaux qui ne tient que d'un côté, l'autre côté pendouille et retient à grand peine la vis et la cheville en plastique verte arrachées de la cloison.
3) -- Quittez vos chaussures, justement à lacets ou les bottes dont la fermeture se coince... (fallait réfléchir avant)
4) -- Enlevez le jean qui décolle pas des genoux pour enfiler l'affaire du siècle, en vous contorsionnant dans une cabine de 80 centimètres de côté dont le rideau ne ferme qu'à moitié, offrant aux yeux de tous le charnu de votre individu joliment lardé au passage par l'antivol fixé juste à la ceinture.
5) -- Contemplez vous dans le miroir amincissant et constatez que... noooon !!!
... c'est pas vous là en face..????  ... vous auriez fini par les perdre ces 3 kilos de Noël ???... pourtant... cette sensation d'étranglement au niveau du plexus solaire qui provoque une montée en température immédiatement suivie d'une suée digne d'une sortie de sauna, ce ne serait quand même pas le symptôme d'une anorexie fulgurante ???
... impossible avec le teint pivoine que vous arborez !!

Elle l'a donc emporté son jean, se disant que quoiqu'il en soit, elle était la reine de la retouche et qu'en moins de deux, elle se ferait un jean sur mesure.
Elle l'a fait.
Elle a pris son "découvit" qui comme son nom l'indique découd très très vite... trop ... surtout sans lunettes... et rrrrrrrrrhhhhhhaaaaaaa !!!.... a ouvert une brèche de cinq centimètres à côté de la couture, à l'endroit qui va bien juste à l'extérieur des genoux.
Trop tard.
Alors, comme sa mère le lui avait si souvent dit "ma fille, coudre et découdre c'est travailler", elle s'est livrée aux joies du patchwork pendant une paire d'heures pour avoir le plaisir de porter le jean soldé unique et inimitable, signé de la patte de l'artiste elle même.

VICTOR ET ROSALIE par Santoline

Rembrandt. Jeune fille à la fenêtre.
Alors qu'il avait descendu la ruelle à la hâte pour ne pas manquer l'omnibus, faisant résonner contre les murs de pierres le claquement de ses brodequins ferrés sur les pavés, Victor avait cru distinguer à la fenêtre de la maison des Fouinart la silhouette d'une femme.
Que pouvait-elle faire à une heure aussi matinale à la fenêtre ? Il n'avait pourtant pas reconnu la mamé qui passait le plus clair de son temps à observer les allers venues de la rue bien qu'elle n'y voie plus guère à cause d'une hémiplégie faciale contractée un jour de guet par grand froid qui lui avait laissé une paupière à demi-close. Ça lui apprendra à yeuter.
Non, ça ne pouvait pas être la mamé, elle  était toujours vêtue de noir et ne portait jamais de foulard. Il avait cru apercevoir dans l'encadrement de la fenêtre, un arc en ciel de couleurs autour du cou de la femme au teint blafard.
Et si Rosalie l'intrigante était revenue ?  Lui qui avait mis tant de temps à l'enfouir dans les tréfonds de sa mémoire et s'était juré de l'oublier  ... même si parfois au moment des vacances il se surprenait à espérer son retour gardant en mémoire leurs espiègleries du passé.
Avait-il vraiment vu Rosalie ce matin ?... pourquoi son coeur se mettait-il à battre pour cette volage, n'avait-il plus de mémoire ?... aurait-elle  l'aplomb de ressurgir dans sa vie ?... voudrait-elle  renouer ce lien mystérieux qui les avaient rendus complices et qu'elle avait brisé, le laissant dans l'amertume et l'incompréhension ?
Victor ne parvenait pas à définir les contradictions qui l'animaient, mais une chose était sûre, il connaissait les limites du possible avec Rosalie et saurait se tenir à distance même s'il devait lui en coûter.
Enfoncé dans le fauteuil de skai rouge de l'autobus, il releva son col, enfouit son visage dans le revers de sa vareuse, bercé par les cahots de la route il ferma les yeux et dans un demi sommeil retrouva Rosalie. 

CONFIDENCES par Santoline

Etait-il  ravissant, souriant, avenant ?
Non, je ne le crois pas, condescendant peut-être ?
Néanmoins élégant, séduisant, attirant ?
Non, rien d'affriolant, mais riant gendelettre
Tour à tour mécréant, décapant, épatant.
Etait-il chatouillant dans un eden champêtre,
Flattant et plaisantant, le vil ensorcelant ?
Déconcertant plutôt à vouloir se repaître,
Puis gisant endormi sous l'aulne froufroutant
Etranger au printemps qui venait de renaître
Dieu qu'il était charmant !

TIR AU BUT par Santoline

--  La prof a dit  "la raison du meilleur est toujours la plus forte".
-- Plus forte que quoi ????
-- Laisse tomber !... t'avais emporté ta tablette en cours !!??...
-- Baah !... ce qu'elle a dit.... !!??... rien d'extraordinaire !! ... les loups ça bouffe toujours les agneaux et ça les bouffera toujours ! ... qu'ils aient raison ou tort ...... c'est La Fontaine qui l'a dit !
-- Qui te parle de La Fontaine ?? ... elle lisait un texte de Victor Hugo !
-- Oh lala ! .... Môssieur joue sur les mots !!??... meilleur et plus fort c'est pas pareil ???... t'as qu'à voir au foot, y'a que le score qui compte,  t'as pas vu St Etie...
--  Aaaaaaaaaah!... pas de doute, t'es bon en foot ... mais avec ta philosophie à  deux balles, je te confierais pas ma destinée ....... "meilleur " c'est pris au sens de " beau, propre sur soi, intelligent, diplômé, cultivé, bien éduqué, respectueux, opiniâtre...".
Bref !... comme quand tu vas au pôle emploi, si tu es le meilleur, tu es le plus fort pour décrocher un emploi.
-- Ouais mais La Fontaine il dit le contraire ... c'est le plus fort qui est le meilleur . Le plus fort c'est celui qui bouffe le premier...  y'a pas à tergiverser, tu fonces !... comme quand tu es au buffet des entrées à volonté à la cafet ... tu verrais le bourbier !!... vaut mieux pas y aller en tenue de soirée smoking et escarpins !!!
-- .... !!!...... !!!??????!!!!!
-- Bon alors !!???..... kissékarézon, hein ? ... Hugo ou La Fontaine ?... on tire au but ??

EN PLEIN DANS LE MILLE par Santoline

- En plein dans le mille, t'as vu ça ?
- Tu parles si j'ai vu... comme toutes les fois !... mais maintenant je ne dis plus mot, son ego en serait trop flatté. Quand bien même je serais contente.
Robin des bois a perdu de sa superbe, sans le chapeau, la tunique, les collants et les bottes en wapiti, il ne lui reste que l'arc distendu, quelques flèches émoussées et sa cible effritée
qui ne rivalise avec plus personne au fond du jardin.
- Ouais mais il tire encore comme Cupidon tout de même... les trois en plein cœur !
- Cupidon, Cupidon,...  lui aussi  fait le malin tout décati dans son collant rose, mais ça arrive qu'il se rate et débusque un thon.
Et quand il réussit à atteindre une cible, parce que ça arrive aussi, il se tire vite fait sans explication parce qu'il veut pas d'emmerdes...
Cupidon et Robin des bois: même combat !... et moi je dis : dans un sac ficelé à un joli parpaing et hop !... à la confluence !
- Oui mais trois en plein cœur tout de même, c'est beau ! ...
- C'est bien ça oui, "la parole est toujours en retard sur le cœur" et après t’es cuit !

BLUE par Santoline



Image de Montréal sur Pinterest
 
J'aime ces tons de bleus déclinés sur le gris
D'un soupçon de poudreuse pour éclairer la nuit 
Chaleur d'un réverbère, colimaçons épris,
Tiédeur dans les chaumières hors du jour qui s'enfuit
Toi l'inconnu qui passe, drappé dans le mépris
Par l'amitié absente, pauvre hère éconduit
A te jouer des autres, d'un amour mal appris,
Plus un amour sincère ton âme ne séduit.

LA PARABOLE DU TALENT par Santoline

Ils se bousculaient se précipitant le long des barrières, levaient la main en criant " moi !... moi !... moi j'en veux ! ... moi M'sieur! ... hystérie éphémère au moment du passage de la caravane publicitaire.
Les uns ramassaient des casquettes, d'autres attrapaient des drapeaux, plus loin des porte-clés, d'autres prenaient l'air contrit du loser (looser)* qui n'a jamais rien gagné.
Ben alors Juju, qu'est-ce que t'as foutu ?... t'as rien attrapé ?... faut se bouger mon vieux pour avoir quelque chose ... si t'attends que ça tombe tout cuit du camion, t'es pas au bout de tes peines mon vieux !
Juju a ramassé son camouflet puis est allé s'asseoir dans l'herbe en attendant les coureurs.
Les cyclistes étaient passés beaucoup trop vite devant lui, il avait juste senti le courant d'air, vu un arc en ciel de couleurs et entendu le bruit des roues libres après le passage du col mais il ne pourrait pas prouver aux copains qu'il y était puisqu'il n'avait rien ramené du Tour de France.
Juju s'en voulait de n'avoir pas été assez perspicace, il aurait dû mettre son blouson rouge, arriver plus tôt et se poster avant le col devant le groupe de supporters, il aurait levé la main et crié, sa voix aurait été entendue, alors qu'il s'était fondu dans ce groupe d'excités qui lui avaient arraché des mains les oripeaux de son périple.
Le lendemain, alors que la maîtresse inscrivit au tableau:
"Le talent, c'est la hardiesse, l'esprit libre, les idées larges" (Tchekhov)
... et avant même qu'elle eût commenté ce qu'elle venait d'écrire, Juju ressentit comme un malaise. Sûr, hier son esprit devait être passablement embrumé et ses idées courtes ... son père lui avait bien dit qu'il avait manqué de hardiesse ... Tchekhov ne serait pas fier de lui.
Mais aussi ... c'était à cause d'eux !... de son père qui ne l'avait pas réveillé assez tôt, de sa mère qui lui avait acheté un coupe-vent kaki, du mauvais temps qui l'avait obligé à mettre son coupe vent kaki qui passait inaperçu dans la foule, de ces malotrus qui lui étaient passés devant, d'Amstrong qui ne lui avait même pas jeté son bidon, de la mauvaise organisation et ses  barrières qui l'avaient empêché de se poster avant le col et puis même certainement du gouvernement, son père dit qu'il  pédale dans la choucroûte.
Juju se détendit, eût un sursaut d'amour propre ... il avait trouvé les coupables !... il n'était pas responsable de son échec, s'accorda l'absolution ... et somnola passivement le reste de ses jours.

*loser ou looser  : "Qui en veut à la terre entière de ce qu'il n'a pas su initier." (Santoline)

VIENS ICI TOUT DE SUITE ! par Santoline

-- Dis, tu le connais toi ce philosophe "Georges Santayana" ?
-- Euh... non... mais je crois me souvenir que Mme Wikiped nous a parlé en cours d'un "Jorge Agustín Nicolás Ruiz de Santayana y Borrás".
-- La bonne blague !...  c'est le même ! qui après s'être fait rebaptiser Georges pour séduire les Ricains et faire oublier ses origines Espagnoles, a déclaré pour se justifier :
"Le difficile c'est ce qui peut être fait tout de suite. L'impossible, c'est ce qui prend un peu plus de temps"
-- Faut reconnaître qu'il est là tout de suite quand on l'appelle Georges, alors que...
-- Ouais,... autrement. c'est impossible.
-- Ben c'est comme mon chat, je l'ai appelé Diego pour qu'il rentre plus vite à la maison.
Quand on me l'a donné il s'appelait  "Gato Eduardo de la Fontenouilla y del sol" et il découchait toutes les nuits. J'en ai eu marre d'avoir des insomnies, alors j’ai décidé de l’appeler Diego.
-- Et ça a marché ?
--Tu parles si ça a marché !!!... maintenant j'en ai trois à la maison.

MON PIERROT par Santoline



 
La nuit porte conseil et si je le pouvais
Je jetterais un pont juste à ses côtés.
Guidée par la lumière à travers sa fenêtre
Invisible et discrète, je saurais qui il est
S'il est seul, s'il est triste et ce qu'il fait le soir
Puis je repartirais sur la pointe des pieds
Emportant mon secret jusqu'au bout de la vie.

BRÉVILIGNES par Santoline

Séquence sidération, porte close rectiligne
Le scribouilleur béat gît devant la consigne,
Soupire en ondes alpha entre deux interlignes
Attend que les jours passent puis enfin se résigne
Déçu et revanchard, elle l'a eu la maligne.

À LA RECHERCHE DES MOTS PERDUS par Santoline

En passant par le midi (moins le quart), le Toine est passé voir Marinette dans sa drôme provençale.
C'était pas le bon jour.
Il trouva Marinette, la pioche menaçante au dessus de la tête, le visage grimaçant trempé de sueur qui s'acharnait sur son lopin de terre.
Le Toine c'est pas un timide, il a le verbe facile, mais il a hésité un moment avant de choisir l'angle d'attaque... la Marinette se présentait mal.
-- Oh Marinette, tu as des taupes dans ton jardin ?
Elle releva à peine le visage, pendant que ses bras s'abattaient une nouvelle fois avec rage sur son labour.
Apercevant le Toine, elle se releva, quitta quelque peu son air renfrogné et posa son outil.
-- Tiens !?... le Toine !!... mais qu'est- ce que tu fais là ?
-- Je passe te voir, pardi....... mais dis moi, tu cherches du pétrole ?
-- M'en parle pas, je l'aurais trouvé depuis le temps !... je suis contente de te voir Toinou !
Elle s'essuya les mains sur son tablier avant  d'accompagner le Toine vers les chaises sous la tonnelle.
-- Ton Louis n'est pas là ?
-- Non, il est parti pour la journée à un regroupement  : AREDVI (Association Régionale d”Expérimentation et de Développement Viti-vinicole) à moins que ce soit  à l' ARDEPI (Association Régionale pour la maîtrise des irrigations)...???...peut être à la DRAF ? (Direction régionale de l'agriculture et de la forêt)  ou au GAEC (Groupement agricole d'exploitation en commun) pour le projet de l' IFIP ( Institut du Porc) ???
-- Punaise ! des instituts pour porcs ?... on aura tout vu... mais de quoi tu me parles là ??... ton Louis s'est converti à la politique ?
-- Qu'est-ce que j'en sais moi !??... toujours est-il  que je ne comprends plus rien à rien.
Le Louis a toujours été un taiseux, tu sais bien, mais le peu qu'il disait, je l'écoutais, je le comprenais, je l'interprétais à ma manière, j''en faisais mien. Je lui répondais et j'en profitais pour donner mon avis sur le sujet et même à côté et un peu plus loin. Il n'avait qu'à poser le train sur les rails et moi je faisais la locomotive.
-- ...... et alors ?...... .il veut plus prendre le train ?
-- Figure toi que le mois dernier, le maire est passé avec sa sacro sainte culture... pas la mienne, ... celle qu'on essaie de t'apprendre à l'école, qu'on cueille dans les livres et même dans les ordinateurs maintenant.
Bah... moi je m'y connais mieux en confitures, que veux-tu !?
Leur culture, je trouve que c'est barbant et triste.Tous ceux qui en ont se croient obligés de parler, raconter, expliquer, pour faire voir qu'ils en ont. Ils n'ont rien à écouter des autres. Ils déversent leurs connaissances chaque fois que quelqu'un de nouveau arrive pour être sûrs qu'ils ont l'air cultivé pour tout le monde. Je sais pas si ça apporte vraiment quelque chose aux autres de déblatérer sa science quand ils n'ont rien demandé.
Ça sert peut être juste à avoir l'air pour soi. Le Louis, il aime se cultiver en dehors du jardin, pas pour le montrer aux autres, mais pour se faire plaisir à lui, pour avoir l'impression de pas perdre son temps sur terre.
Pendant ce temps, moi je la remue.
Cet imbécile de maire lui a parlé d'un Léon-Paul... connais pas, il va pas au banquet de la classe sinon je le saurais avec un prénom comme celui là...il a dû le rencontrer au marché ou au congrés de l'APREL ( Association Provençale de Recherche et d’Expérimentation Légumière) à Aix, c'est là qu'il a dû prendre le melon... il aurait dit que pour être un bon écrivain, il fallait enterrer un mot chaque jour... quelle idée !? je me demande ce qu'il récolte...
Mon Louis a bien enterré les conduits d'évacuation des eaux, les patates et même les chats de la voisine mais j'aurais jamais cru qu'il irait jusqu'à enterrer le peu de mot qu'il disait pour devenir écrivain. J'en suis encore toute chamboulée.
Alors depuis, il envoie des messages en morse bourrés de sigles, sans même une indication avec les mains ou les yeux, ou un froncement de sourcils et moi je suis née après guerre, je connais pas le morse, ça se débite sans expression et sans chaleur ... moi qui aimait tant les berceuses et les poésies. 
Comme les arbres perdent une à une leurs feuilles à l'Automne, le Louis s'est déshabillé de ses mots un à un au jardin... alors je piétine mon POS (Plan d’Occupation des Sols) je sabote mon SAU ( Surface agricole utile) et quitte à retourner toute ma ZAP ( Zone agricole protégée) je veux retrouver les mots de mon Louis.Tiens Toinou,  finis ton verre, viens me donner un coup de main et
                     ... BAF (Bienvenue à la ferme)
!


LE DIRE, C'EST FOU...L'ÉCRIRE, C'EST MIEUX ? par Santoline

Prendre un bon kilo de pauvreté, une louche de chomage, deux cuillérées à soupe d'intolérance, touiller énergiquement puis faire mousser en fouettant.
Recouvrir d'un voile, laisser reposer en attendant que l'appareil se soulève.
Ajouter au choix, un grand verre ( pas de bol) de révolte, ou de lâcheté, selon le résultat escompté et enfin un poil (pas dans la main) de dédain.
Enfourner four très chaud par temps gris.
Sortir du four, arroser d'un verre à liqueur de cynisme et flamber.