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Gourmandise par Jacou

  • Yourte, tourte, courte, moi je mangerais bien un yaourt. 
Yaourt, yahou, sous un wigwam, avec un indien,  
Un indien qui élèverait des bisonnes pour le lait, 
Le lait qui fait aussi la mozzarella. 
  • La mozzarella est fabriquée avec le lait des bufflonnes. 
Les bufflonnes, on les élève en Italie, 
  • En Italie, on est loin de la Mongolie ? 

  • Pourquoi cette question ? Tu veux manger un yoghourt dans une yourte avec un mongol ? 
  • Non, parce que mon hamster est né là-bas. 
  • Où cela ? 
  • En Mongolie, enfin, je crois. C’est ce que l’on m’a dit. 
  • Mouais, c’est bien joli tout cela. Résumons. Si j’ai bien compris, tu veux manger un yaourt fabriqué au lait de bufflonne, sous un wigwam mongol.   
  • Pas du tout, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire ; j’ai voulu dire que l’harmonie invisible est plus belle que la visible. La nature aime se cacher. 
  • Arrête-moi, si je me trompe. Ton harmonie visible-là, c’est tous ces fromages que l’on invente, pour le plus grand plaisir des humains ; et l’invisible, c’est quoi, alors ? 
  • Tous les petits champignons microscopiques qui transforment le lait en ce yaourt, yoghourt délicieux, que j’attends toujours. 
  • J’ai bien quelques yaourts, mais pas de wigwam, et encore moins de yourte. 
  • As-tu une petite cuillère ? 

Tournez en rond, il en restera toujours quelque chose. par Jacou


-       Prenez un cercle, caressez-le, il deviendra vicieux !

-       N’importe quoi ! Comment voulez-vous que je caresse un cercle ? C’est un problème de maths, ça ?

-       Non, une citation d’Eugène Ionesco.

-       Alors, c’est de la littérature ?

-       Oui, du théâtre.

-       Ionesco, il a écrit quoi, à part cette phrase ? La quadrature du cercle ?

-       Non, ça c’est mathématique. Cette phrase est extraite de sa pièce La Cantatrice Chauve. Il a écrit aussi Le roi se meurt, Rhinocéros

-        C’est pas au bord de ce fleuve gelé que l’on en rencontrera.

-       De quoi parlez-vous ?

-       De rhinocéros, pardi. Quoique une cantatrice chauve, non plus, on ne risque pas en voir ici. Et puis, il n’y a pas que le roi qui se meurt. Moi, je meurs de froid. Pas vous ? Si on se buvait une petite goutte de Xérès, pour nous réchauffer.


 

Ligne rouge par Jacou

Il m’a dit : « T’as de beaux pieds, tu sais. », me regardant droit dans les yeux. 
Il m’a invité à danser. C’était un piètre danseur. Il n’arrêtait pas de m’écraser les orteils. 
Il m’a déclaré : « Tu danses bien. Moi, je ne sais pas danser.» 
Pas la peine de le dire. Je m’en suis aperçue, pensais-je. 
Il m’a souri : « Wouah, tu me plais. » 
Il a hésité : « Tu voudrais bien me servir de modèle ? » 
J’ai hésité : « Modèle, pour quoi ? » 
Il a répondu : «  Pour des chaussures. » 
J’ai répondu : « Tu es cordonnier ? » 
Il a ri : « Non, photographe. » 
J’ai ri : « Tu photographies des chaussures ? » 
Il a baissé la tête : « Non, les pieds. » 
Je suis partie en courant. Il m’a rattrapée, j’avais perdu une chaussure : « Ne le prends pas mal, je suis peintre photographe. » 
Voilà, autre chose, pensais-je, me rechaussant. 
J’ai levé la tête : « C’est quoi votre truc, fétichiste ? » 
Il a secoué la tête : « Je peins des chaussures sur pied. Ensuite je les prends en photo. » 
J’ai voulu partir en courant. Il m’a suppliée : « Je n’ai jamais jusqu’ici rencontré des pieds comme les vôtres. Accepte de poser pour moi. Je serai le plus heureux des hommes. » 
Plus bête que mes pieds, il y a moi, pensais-je. Je restais. 
C’est ainsi que je pose des heures, ici, pieds rayés rouges, ongles vernis assortis, le tout en harmonie avec le sol. Imaginez ce que cela donne sur une mosaïque romaine, un passage protégé, dans une étable, au sommet de la Tour Eiffel, grimpée dans un pommier, chez un libraire, une mercerie, au milieu d’un orchestre…

Entr'aide par Jacou

  • N’y vas pas. Je te dis que ça glisse. Voilà, je te l’avais dit ! C’est malin.  
  • Tu es toute en vrac, maintenant ! Débrouille-toi. Salut. 
  • Aïe, j’ai mal. Aide-moi, je n’arrive pas à me relever. 
  • J’en ai marre. C’est chaque fois pareil. Mademoiselle, n’en fait qu’à sa tête, et c’est à moi de réparer les dégâts. C’est bien fini. Tchao, je m’en vais. Je vais être en retard à mon rendez-vous. 
  • Ne me laisse pas ! Je te promets de ne plus jamais te laisser tomber.  
  • Tu le jures ! Sur ta tête ! Si tu la voyais, en ce moment, même toi, tu ne lui ferais pas confiance. 
  • Je te promets de partager mes provisions l’hiver. Et de t’écouter chanter tout l’été. 
  • Et qui me nourrira, quand la bise viendra ? 
  • Tu chanteras, et je ferai la manche. Marché conclu ? 
  • Marché conclu. Tope-là. Mais qu’est-ce que tu fais ? Tu m’écrab… 
  • Et tu y as cru à la fourmi prêteuse ? 

Autres temps par Jacou

« A la Saint Charles, la gelée parle », 
Disait toujours grand père. 
Observant le rituel, nous remisions plantes exotiques dans la serre, 
Profitant de leur exubérance. 
C’était l’occasion, pour lui de raviver ses souvenirs. 
Enfance dans les colonies, 
Mousson, fièvres, courses folles en pleine nature. 
Révoltes, départs désenchantés 
Apprentissage d’une vie nouvelle, d’un climat moins clément. 
Je ne posais pas de questions. 
Il disait tout cela 
Ni remords, ni amertume, 
Juste une pointe de nostalgie. 
Puis sans se concerter, nous rejoignions la grande salle à manger, 
Où nous attendait un fastueux goûter, 
Tandis que passait en boucle le match qui, de mon grand père 
Avait fait un champion. 
Venaient alors d’autres souvenirs de combats 
 Moins glorieux, certes, 
Mais toujours racontés comme une épopée des temps anciens, 
Quand, gentlemen en gants de boxe, 
Ces messieurs s’affrontaient  
Pour les regards admiratifs et énamourés de leurs belles. 

Le meilleur de nous est incommunicable par Jacou

  • Souris, je te dis, souris. L’air de rien. Comme moi. Cool, zen. 
  • Je, j’y arrive pas.  
  • Pense à quelque chose de rigolo. 
  • Je peux pas. 
  • Fais un effort. On va jamais y’arriver, sinon. 
  • C’est que je suis toute mouillée, ça me fait froid partout. 
  • Pense à autre chose, je te dis ! 
  • J’ai fait pipi dans ma culotte ; et il faut que je pense à autre chose ! 
  • T’inquiète pas. Ça sent pas, je te promets. Bon, tu es prête ; regarde celui-là ; je suis sûre qu’il va accepter de nous prendre. On y va, il s’est arrêté ; tu as de la chance, c’est un véhicule décapotable ; avec le vent, on sentira rien. Bonsoir monsieur, c’est gentil de nous emmener. On va… 
  • Oui je sais où vous allez. Vous allez être un peu à l’étroit. Mon traîneau est un peu chargé, ce soir.  

Espoirs par Jacou

Mesdames et messieurs, Germain Fard, qui nous fait le plaisir d’être ce soir parmi nous. 

Je vous remercie de votre accueil si chaleureux. 
Voilà, je suis devenu astronaute, à cause d’un doudou ; oui, mesdames et messieurs, vous avez bien entendu, à cause, ou plutôt grâce à un doudou. 
Petit garçon, j’avais cinq ans, je perdis Doudou.  
J’étais très malheureux,  je le cherchais partout. Un jour comprenant que je ne le retrouverai pas, je me dis qu’il était au ciel. C’est ainsi que l’on m’avait expliqué la disparition de mon grand-père. Cela me fut une sorte de consolation. Je me mis à scruter le ciel, à essayer de deviner sur quelle étoile il vivait. 
On m’offrit une lunette astronomique. Je contemplais tout ce que je pouvais, au moyen de cet instrument. Croyant apercevoir Doudou, mais en vain. C’était les débuts des spoutniks, avec l’envoi de chiens, cette pauvre Laïka, qui a tant souffert, avant de mourir ; il y eut Gagarine ; puis les américains ; j’eus bien envie d’écrire à tous ces astronautes, cosmonautes, mais je n’ai jamais osé. 
Une évidence s’imposait ; pour retrouver Doudou, je serai astronaute. 
  • Avez-vous retrouvé Doudou ? demanda une petite fille, dans l’assistance. 
  • Oui, je l’ai retrouvé. 
  • Et vous l’avez ramené ? 
  • Figure-toi qu’il a préféré rester là-haut. Il vit sur une autre planète, avec d’autres doudous. Il s’est fait des amis. Il était content de me revoir ; il m’a dit que j’étais trop grand, maintenant. Et il sait que j’ai rencontré un autre doudou, qui me rend heureux. 
  • Et comment elle s’appelle cette planète ? 
  • La planète IL ETAIT UNE FOIS. 
  • Tu crois que je pourrai y aller, un jour ? 
  • Bien sûr, quand tu seras devenue astronaute. 
  • C’est quand ? 
  • Tu verras, ça va très vite.  
  • Alors, il faut pas que je perde Doudou, en attendant.