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L'amour, l'absence, etc. par Norlane Deliz

"Il n'y a pas d'amour qui résiste à l'absence"... Tête baissée, il se répétait cette phrase d'Anatole France. Il avait peur de l'oublier. Il l'avait apprise par coeur toute la nuit. Elle était parfaite, cette phrase. Parfaite. Ses mains se serraient, se dénouaient puis se serraient à nouveau. 
Il attendait depuis quelques minutes sur ce banc gris et c'était déjà trop. 
Le bateau allait arriver. Il fallait qu'il arrive et que tout finisse. Cette attente, cette phrase dans sa tête. Il avait hâte de se glisser sous son édredon. Hâte de se glisser sous l'édredon et d'y retrouver la charmante Héloïse, gloussa-t-il. Mais l'angoisse le reprit immédiatement. Une sirène retentit. La rencontre approchait... 
Jeanne allait descendre sur le quai. Le chercherait-elle d'un regard joyeux ? Il avait préparé son discours, la phrase d'Anatole France en était la base, la pierre angulaire comme aurait dit l'intellectuelle Jeanne. Il souhaitait un discours de rupture à la hauteur. Un discours qui lui éviterait cris et pleurs. Un auteur classique comme Anatole France lui éviterait sûrement cela. Non ? Ses mains se serraient, se dénouaient puis se serraient à nouveau. 
Il leva la tête. La brune qu'il avait aimée était devant lui. Il se surprit à penser que l'absence l'avait embellie...

Vivre en plante libre par Norlane Deliz

Dans le terreau des pierres,
Glisser mes feuilles vertes,
Ouvrir mon œillère
Jaune, inexperte,

Vivre
En plante libre*

*phrase empruntée à Nhand

Beau parleur par Norlane Deliz

Tu parles, tu parles
Mais ta texture
Est comme une grande
Maison vide.

Tu parles, tu parles
Mais tu fissures
Mon âme tisserande
Avec tes mots corticoïdes.

Tu parles, tu parles
Mais tu n'entends point
Ce que je dis.

Tu parles, tu parles
Et moi qui parle moins
J'écris.

C'EST PRESQUE par Norlane Deliz

C'est presque une autre vie,
Celle qui dit oui,
Celle qui chante comme j'écris,
Celle qui se fiche des abris.
C'est presque un autre rêve,
Un champ, une sève,
Un brouillard qui se lève,
Une paix, une trêve. 
C'est presque tout ça,
Derrière les mots que je ne sais pas,
C'est presque ma voix
Qui dit n'importe quoi. 
C'est presque une plaisanterie,
Une affaire de frissons dans la nuit,
Et ça tourne à l'envie
De sport tendre dans mon lit,
C'est presque un mot d'Eve,
Une prière pas si brève,
Un air qui m'enlève
Et laisse mon cœur sur la grève.
C'est presque tout ça,
Derrière les mots que je ne sais pas,
C'est presque ma voix
Qui dit n'importe quoi.

J'IRAI par Norlane Deliz

J'irai chercher
Les mots,
Ceux qui restent coincés
Dans un pli*, dans un creux,
Un caveau,
Même en fermant les yeux
 

J'irai
Ouvrir leur corps
Pour y nourrir
Le mien, je puiserai
Leur or,
J'oserai défaillir
 

Je ferai route ;
C'est écrit
Goutte à goutte
En mes artères,
Chemin épris
Solitaire
 

Et puis j'affluerai
Vers qui le souhaite
- Vous, peut-être ? -
Et je poserai
Mon coeur poète
Sur le rebord de la fenêtre...

RICOCHET par Norlane Deliz


Par mots et par pages,
J’écris un pont
Et je vais
Jusqu’à vous,
Et je vous livre
Les nuages
De ma maison,
Et j’essaie
D’en faire des bijoux
Pas trop ivres,
Je bâtis des paysages
Petits comme une chanson
Et j’émets
Le vœu fou
Qu’un peu de vous s’écrive
Le cœur en écho

PRUDENTE HARDIESSE par Norlane Deliz


Craquerai-je
Tentée
Par l’envie
D’hasarder
La folie ?
Oserai-je
Croquer
Ce cramoisi
Velouté
Sans chichis ?
Laisserai-je
Un baiser
Sur l’arrondi
Rosacé
De ce radis ?

L'INCONSCIENT S'EXPRIME À L'INFINITIF par Norlane Deliz

Sourire jaune, manger un yaourt, dormir, danser, avoir soif, aimer, chanter juste, applaudir, chercher la parole, trouver les mots, rire, pleurer, vouloir, craindre, crier, lire, sourire de plaisir, donner de la joie, poétiser, écrire...

Qu'y-a-t-il dans les méandres de mon cerveau ?

DIT DE SOIE par Norlane Deliz

Ce qu'on dit de soi est toujours poésie.

Et si
Derrière le mime
Le poème à l’endroit
Etait un foulard amant
Une apostrophe
De chaleur
Complice
Le froissement
D’une étoffe
Où le cœur
Se glisse
Et se dit
Entre les rimes
Crissant de soi ?

DOUTES AMOUREUX par Norlane Deliz

« La douceur est invincible » se répétait-elle, accrochée au volant de sa petite voiture. « Cette histoire ne peut pas s’arrêter là, notre amour est trop doux… »
L’autoradio donnait de la voix.
« La douceur est invincible… » D’où lui venait cette phrase ?
Elle déboita.
« Nos échanges sont des caresses alors pourquoi cette pensée qui s’infiltre et susurre comme le serpent Ka ? C’est bientôt terminé…»
On klaxonna. On devait lui envoyer des insultes.
Elle, elle se répétait : « la douceur est invincible ».
L’autoradio chantait.
Elle, elle poursuivait son questionnement impromptu.

BISTENCLAQUE-PAN * par Norlane Deliz

Tisserand de vie,
Je trame les faits
Et les incendies

J’aime les effets
Des jours sans ennui,
Je joue des reflets
Des lueurs de nuits

A mon métier sans arrêt
Je me plie,
Les fils valsent en ballet,
Je quenouille à l’infini

Agile, je manie la soierie
D’un petit palais
Qui n’a pas de prix.

* bistenclaque-pan est le bruit qui résonnait dans les rues de la Croix-Rousse, colline des canuts, les ouvriers tisseurs lyonnais.

MESSAGES RADIO par Norlane Deliz

L’amour n’est pas un feu qu’on tient dans la main.
L’amour n’est pas un arbre poussé déjà grand un matin.
L’amour n’est pas une route droite, ligne à l’horizon plat.
L’amour n’est pas une soif qu’on apaise à coups de bulles de sodas.
L’amour n’est pas un soupir fatigué que l’on échappe.
L’amour n’est pas une terre brûlée qui nous démâte.